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Primal, performance #13 sur le MUR de Mouans-Sartoux

Vanessa , bénévole de l’association, est allée à la rencontre de Primal lors de sa venue sur le MUR de Mouans-Sartoux : dans cet article, elle nous livre les temps forts de cette interview. 

Primal
Primal commence par réaliser les tracés. ©Vanessa-PB

Et si nous suivions PRIMAL ...

Et si nous suivions PRIMAL…

Si son nom d’artiste évoque le côté primaire et animal de l’être humain, c’est à un garçon charmant et éloquent que j’ai eu affaire.

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L'art dans la rue et son aspect éphémère :

Face au mur, le visage concentré et les gestes maîtrisés, Primal a pris le temps de répondre à mes interrogations de novice de l’art urbain. La question qui me taraudait n’avait rien d’original mais je souhaitais savoir comment un artiste vivait le côté éphémère d’une performance sur un MUR : 

« C’est la grande question que les gens se posent souvent. En fait c’est la loi de la rue où tu es souvent confronté au côté éphémère. Mais quand en général tu es passionné et que tu entres dans ce milieu tu es obligé de faire avec. Si tu n’y arrives pas tu ne peux pas continuer à évoluer dans ce cadre car c’est le principe même de l’art urbain en général : tu donnes quelque chose à la rue et après la rue en fait ce qu’elle veut. J’attache beaucoup d’importance dans le process au mur parce que j’ai vraiment envie de réaliser mon projet en fonction de l’endroit. Et une fois que le projet est pondu, pour moi j’ai fait ma part, je l’ai donné à la rue et ça ne m’appartient plus, donc j’ai moins le sentiment de « propriété ». Après bien sûr, je suis comme tout le monde, si au bout de 2 ou 3 jours mon projet est toyé[1], j’ai un peu les boules mais ce n’est pas ce qui m’empêchera de continuer. Tous les artistes l’intègrent car cela fait partie de l’art de rue. »

[1] Toyer = fait de recouvrir d’un tag, de « Tag Over You » (traduction : Tag sur toi)

Plan sur les tracés
Les premiers tracés par Primal ©Vanessa-PB
le remplissage commence
L'artiste Primal travaille essentiellement à l'acrylique ©Vanessa-PB
Primal peint sur le MUR de Mouans-Sartoux
Primal sait que le temps lui ai compté ©Guillaume Bercaud

Un MUR en 16/9

Alors peu importe que l’œuvre ne puisse être admirée que pendant deux mois, ce qui compte aussi c’est la possibilité pour Primal de pouvoir s’exprimer en tenant compte de l’environnement. Pour Mouans-Sartoux, ce sont les dimensions du Mur qui l’ont poussé vers cette idée de projet qu’il avait depuis longtemps :

 

« J’ai souvent des idées qui entrent dans la tête, des notions, des concepts que j’aimerais exploiter un jour. Je peux les garder pendant des mois parce que j’attends le lien, la corrélation entre le bon projet et l’idée que j’ai. Parfois c’est une idée qui est complètement improvisée en fonction du projet. Le format panoramique offre de nombreuses possibilités. D’habitude je fais beaucoup de portraits ou de personnages inscrits dans des scènes et sur ce type de production tu es plutôt sur des formats verticaux. Et là, le fait que ce soit en panoramique oblige à repenser ton idée. »

Une œuvre pleine de libertés

Dans ses œuvres, Primal veut raconter des histoires mais sans forcément toujours mettre en scène des personnages. Faire des focus sur des objets ou sur des parties du corps permet une narration différente qui donne plus de place à l’interprétation. Ainsi face à ces chaussures, y verrons-nous des gens qui marchent d’un pas pressé, des personnages qui s’enfuient, ou des pas de danseurs au bal musette de notre village ? Ces chaussures typées des années 30 ont un côté nostalgique, celui qui peut nous rappeler qu’il n’y a pas si longtemps on pouvait se retrouver tous les samedis d’été sur la place de l’Eglise pour danser… Car à travers sa fresque, l’artiste veut offrir à celui qui regarde la possibilité d’y voir ce qu’il a envie : « Il peut y voir un bal, ou des gens qui marchent dans le métro et en fait c’était une notion qui se prêtait bien dans le contexte actuel : pouvoir marcher librement, aller où on veut… »

Quant à cet univers très inspiré des années 30, une période qui lui plaît énormément, l’Artiste évoque un esprit mélancolique, cette notion du « c’était mieux avant ». Car même si l’époque avait aussi ces tourments, Primal entretient une sorte de phantasme pour cette période : « Le futur me fait peur, le passé me rassure. »

Un plan inspiré du cinéma
L'artiste s'est inspiré du cinéma pour ce plan particulier ©Guillaume Bercaud
Contemplation de l'avancée de son oeuvre
Les artistes doivent prendre du recul pour apprécier leur avancée ©Guillaume Bercaud
Gros plan sur une des chaussures
Détails d'une des chaussures peintes par Primal ©Guillaume Bercaud
Le MUR de Mouans-Sartoux
La 13e performance sur le MUR de Mouans-Sartoux est terminée @Guillaume Bercaud

La chaleur des couleurs du passé

Peindre des histoires dans cet univers en touchant à des sujets actuels permet à Primal de garder une espèce de flottement un peu surréaliste, un peu rêveur : « Là typiquement, cela m’aurait beaucoup moins intéressé de dessiner des paires de baskets même si ça aurait pu marcher et d’autres sont capables de passer le même message avec ces images ».

 

De plus, en plongeant dans cette période le peintre peut mieux exploiter les couleurs qu’il aime utiliser, et ainsi nous transporter dans son univers.

Mais l’artiste est également un peintre en atelier et expose régulièrement dans des galeries. Alors la rue lui apporte un équilibre : « Je ne pourrais pas me contenter d’être peintre en atelier ou muraliste. L’un apporte à l’autre. La manière de peindre dans la rue oblige à s’intégrer à un environnement, à avoir une vision sociale. C’est également un cadre où il faut savoir s’adapter. Et en sortant de sa zone de confort cela permet de toujours apprendre. »

 

Et à Mouans-Sartoux, Primal a savouré sa semaine d’artiste « comme un petit bonbon… ». Outre le fait de profiter du ciel bleu qui l’a accueilli pendant cette semaine azuréenne, il a découvert avec plaisir « l’ambiance village » : « Quand on parle « Art Urbain » on a tendance à penser grande ville, mais preuve est faite à Mouans-Sartoux que cet art peut aussi se retrouver dans des zones moins denses. J’ai été très bien reçu, les gens sont très ouverts et ont été très accueillants. Certains se sont arrêtés pour discuter, me poser des questions. Des jeunes, des collégiens, des retraités, des familles, tous ont été chaleureux et gentils.»

Un rythme plus posé, plus serein qui a permis à l’artiste de s’exprimer dans les meilleures conditions. Merci Primal de nous offrir pour les deux mois à venir une belle œuvre face à laquelle chacun pourra laisser vagabonder son imagination en entrant dans la danse ou en suivant allégrement ces jolies chaussures pour un instant de liberté…

 

Vanessa PATUCCA-BOURGEAIS pour Unwhite it.

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